CfP: Écrire depuis l’exil, dire la blessure : l’œuvre transnationale au miroir des violences congolaises

Appel à contribution 

Écrire depuis l'exil, dire la blessure : l'œuvre transnationale au miroir des violences congolaises Dr. Joséphine Mulumba Tumba, Ludwig-Maximilians-Universität, Munich (Allemagne) Argumentaire 

Le professeur Pius Ngandu Nkashama (1946-2023) incarne la figure de l’intellectuel nomade. Sa  trajectoire académique et personnelle dessine une cartographie transnationale : de son pays  d’origine, la République démocratique du Congo à l'Algérie, en passant par la France, pour s'établir  enfin en Louisiane aux États-Unis. Pourtant, ce déploiement planétaire et transatlantique n'a jamais  coupé le cordon ombilical qui le liait à sa terre d'origine. Bien au contraire, le déracinement  géographique semble avoir aiguisé sa critique et nourri une œuvre littéraire et des essais obsessionnellement rivés aux tragédies, aux dictatures successives et aux violences systémiques de  l'espace congolais. 

Ces Mélanges se proposent d'explorer cette tension féconde et paradoxale entre l'universalisme  d'une carrière internationale et la fidélité absolue à la mémoire douloureuse du Congo. Comment  l'éloignement spatial devient-il le lieu d'une proximité textuelle brute avec la violence du pays natal ?  Comment le trauma traverse-t-il les frontières pour se dire dans une œuvre en  perpétuel mouvement? 

Les axes de réflexion s'articuleront autour de ces thématiques majeurs : 

L'autopsie de la terreur interne et l'envers carcéral du politique 

Un premier aspect invite à analyser comment la violence politique et étatique est disséquée. Cette  esthétique trouve sa source première dans La Malédiction (1983), où la violence devient une fatalité  existentielle détruisant les corps. L’ exploration de la répression se radicalise dans Le pacte de sang (1984). La geôle et l'espace de la claustration n'y sont pas de simples décors, mais le cœur d'une  mécanique totalitaire visant la déshumanisation par la torture et l'anéantissement de la conscience. La mort faite homme (1986) et Le doyen marri (1994) montrent l’université, sanctuaire du savoir comme un lieu disloqué. Les contributions pourront analyser comment cette poétique de  l'enfermement et de la violence dialogue avec le dehors, révélant que sous le joug des Seigneurs  dirigeants, c'est le pays tout entier qui est pris dans la toile d’araignée. 

La condition transnationale au miroir du déracinement 

Un second axe se penchera sur la tension entre l'exil et l'engagement politique, dont le roman Les  étoiles écrasées (1988) est le chef-d'œuvre. En déployant son intrigue entre la Belgique, le Congo, ce  récit interroge la violence psychologique de la distance, le racisme de la société d'accueil et le poids de la mémoire. Il s'agira d'étudier comment le parcours transnational des personnages réveille en eux  la nécessité de dire la blessure d'origine, démontrant que l'éloignement géographique n'est pas une  fuite, mais un poste d'observation aiguisé sur les déchirures du pays. 

La mémoire, le deuil et le retour impossible 

La question de la transmission en contexte migratoire s'avère centrale, notamment dans Les Cendres  du père (2014). Ce roman de la maturité articule de manière poignante le drame de la distance et la  permanence du lien avec les ancêtres. À travers le motif du deuil et de la sépulture, Ngandu  Nkashama explore l'impossible retour physique et la persistance du trauma à travers les générations.  Les contributions pourront analyser comment la disparition des aînés devient une allégorie de la  destruction du pays d'origine, tout en jetant un pont littéraire entre la terre natale et les rives de  l'exil.

L'écriture en langue maternelle, le ciluba comme lieu de refuge et de résistance 

L'ancrage de Pius Ngandu Nkashama se mesure fondamentalement à son choix de produire une  œuvre romanesque majeure en langue ciluba. Sa production dans cette langue occupe une place  centrale dans son dispositif de création. Cet axe invite à explorer des textes romanesques charnières  comme Bidi ntwilu, bidi mpelelu (1997), ainsi que sa production narrative ultérieure qui épouse les  contours de son exil américain et européen, à l'instar de Tuntuntu, ntuntu (2002) et de Mulongeshi  Wanyi (2003) (paru à Paris). Les chercheurs sont appelés à analyser comment l'utilisation de la langue  maternelle fonctionne comme un espace de résistance culturelle absolue et de subversion des codes  romanesques classiques. L'écriture romanesque en ciluba devient ici un sanctuaire mémoriel portatif,  permettant à l'universitaire transnational de dire les réalités, les ruptures et les violences de sa terre  d'origine tout en naviguant d'un continent à l'autre. 

Appel à témoignages : l'homme, le mentor et le collègue 

En parallèle des contributions, ce volume de Mélanges souhaite accorder une place d'honneur à la  parole vivante et mémorielle. Nous lançons un appel aux témoignages de ceux qui ont connu Pius  Ngandu Nkashama afin de restituer la dimension humaine, de ce passeur de savoir. 

Les propositions de 300 mots, accompagnées de cinq mots-clés, rédigées en français ou en anglais  sont à envoyer avant la date limite fixée au 18 décembre 2026. Les réponses du comité scientifique  concernant l'évaluation et la sélection des résumés seront transmises aux auteurs dans le courant du  mois de janvier 2027. 

Josephine.Mulumba@lmu.de